Cession/transmission : quels sont les obstacles?

Anticiper, prévoir, tenter des paris… Tout au long de leur parcours professionnel, au quotidien parfois, les dirigeants d’entreprises ont pris l’habitude de tenter de dessiner seul leur avenir, celui de leur société et de leurs salariés.

Sur le plan individuel, assurer le confort psychologique et financier des dirigeants est un enjeu important. Mais il l’est encore plus sur le plan macroéconomique. Chaque année, sachant que 21% des chefs d’entreprises ont plus de 60 ans,  plus de 75.000 entreprises sont cédées par leur propriétaire selon l’Observatoire de BPCE. Au total, ce sont plus de 1,2 million d’emplois qui sont concernés !  Compte tenu de la démographie de leurs dirigeants, dans les dix années à venir, près de la moitié des 4.600 ETI recensées en France sont amenées à se transmettre. Ce qui représente plus d’un million d’emplois potentiellement en jeu !

I. Cession/transmission : un parcours d’obstacles

1. Freins psychologiques

Se séparer de son « bébé » que l’on a vu et fait grandir serait un crève-cœur. Consciemment ou inconsciemment, les dirigeants retarderaient le moment de passer la main.

La fiscalité est-elle en cause ? La France souffre de la comparaison  avec certains de ses voisins européens dans ce domaine, notamment l’Allemagne, la Belgique ou l’Espagne où le coût de la transmission est très faible, voire nul. Mais ces dernières années, l’exécutif a pris conscience des enjeux, prenant quelques mesures pour inciter les chefs d'entreprise à privilégier la transmission à la cession. Certains avantages fiscaux ont été lancés, notamment l’assouplissement du régime de taxation des plus-values de cession.

Certains évoquent les difficultés à valoriser l’entreprise, tout particulièrement dans le contexte actuel de reprise molle, qui s’étire depuis la crise de 2008-2009. Parce que le contexte reste peu porteur, en dépit du passage au vert de quelques indicateurs macroéconomiques, et que certains secteurs notamment industriels souffrent encore, la transmission de l’entreprise peut être retardée. C’est assez logique, la rentabilité de leur entreprise ayant diminué, les dirigeants s’interrogent sur le tempo de la transmission. Doivent-ils attendre un retour à des conditions de marché plus avantageuses ou faire un arbitrage en acceptant le principe d’une cession aujourd’hui, afin de redémarrer une activité ou d’envisager sereinement leur retraite ?

2. Freins administratifs

Naviguer dans les méandres réglementaires, juridiques et fiscaux peut faire figure de parcours du combattant, mais sont-ils toutefois une raison valable pour retarder indéfiniment un projet de transmission ? La transmission est un sujet suffisamment important pour que le chef d’entreprise fasse fi de la paperasserie.  

3. Vendre, mais à qui ?

Une dernière étape doit être évoquée : trouver un repreneur.

« Sur le plan personnel, la transmission de son entreprise peut être facilitée si elle s’effectue dans le cadre familial. Dans ce cas, le dirigeant partage sa vision pour le futur de sib entreprise avec les membres de sa famille qui s’apprêtent à reprendre les rênes. Le plus souvent, cette stratégie a été réfléchie sur le long terme », constate Marie Lucas-Leclin, banquier privé à la Banque Palatine.

Le cas est malheureusement assez rare. Selon l’Observatoire de BPCE, 25% environ des cessions d’entreprises en France s’effectuent dans le cadre familial, contre 51% en Allemagne et plus de 80% en Italie. Cet écart, qui s’explique encore une fois par un cadre juridique et fiscal moins avantageux en France que chez ses voisins, est regrettable car, comme le constate l'Observatoire, le taux de survie à trois ans des entreprises est bien supérieur à la moyenne lorsque la transmission s’effectue au sein de la famille. Gageons par ailleurs que cette solution peut - en partie – apaiser le chef d’entreprise sur le départ.

La conclusion de l’Observatoire de BPCE est sans ambiguïté : « la transmission familiale est aujourd’hui à la fois utile et efficace pour l’économie nationale ».

A défaut de céder l’entreprise à un membre de sa famille, le dirigeant peut se tourner vers un de ses salariés qui connaît la culture de l’entreprise, ses forces et ses faiblesses techniques et humaines.  Mais là encore, ce changement de gouvernance ne peut raisonnablement se faire dans l’urgence.

Autre option « recruter » une personne extérieure à l’entreprise. Mais à qui ? Une personne du métier ? Un concurrent ? Un fournisseur ? Un client ? Un non-spécialiste ?

Selon les données fournies par l’Observatoire de BPCE, en dépit des incertitudes économiques, réglementaires et personnelles qui accompagnent la cession, les dirigeants de TPE de plus de 60 ans, comme ceux de PME, ont pour critères prioritaires, lors de la cession, la qualité du repreneur (54 %), la pérennité de l’activité (41 %), le prix le plus élevé possible ne venant qu’en troisième position (30 %) devant la préservation de l’emploi (23 %) et l’optimisation fiscale (6 %). Ce critère humain est d’autant plus important que la perpétuation du savoir-faire et la réputation de l’entreprise sont jugées « essentielles » par plus de 40 % des patrons de TPE.

Dans ce cas de figure, la recherche d’un repreneur idéal dans un échantillon limité rend la tâche plus délicate encore. C’est d’autant plus vrai que l’effervescence autour de l’entrepreneuriat fait de l’ombre à la reprise d’entreprise.

Toutes ces explications ont du sens. Seules ou conjuguées, elles peuvent permettre de comprendre la prise de conscience tardive des dirigeants lorsqu’il s’agit de se séparer de leur entreprise.  « Mais la difficulté technique d’une transmission doit être relativisée. A condition d’être accompagné, transmettre une entreprise ne comporte pas de difficultés majeures », explique Marie Lucas-Leclin.